Interview
12.09.2026

« Camille faisait partie de ces photographes qui aiment les gens » : rencontre avec Virginie Nguyen Hoang et Laurent Larcher

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Au début de l’année 2026, la photojournaliste Virginie Nguyen Hoang, lauréate du Prix Camille Lepage 2024, et le grand reporter Laurent Larcher ont parcouru ensemble les 1300 kilomètres de la ligne de front en Ukraine, pour une série passionnante publiée au mois de février dans La Croix Hebdo. Mais ce qui les relie ne se résume pas à cette collaboration.

Laurent a travaillé avec Camille en Centrafrique en 2013 et 2014. De cette expérience, entre autres, il a tiré un livre paru en 2025 : « La fureur et l’extase », un récit bouleversant qui questionne le rapport de l’homme à la violence. L’histoire de Camille y occupe une place centrale.

Amie de Camille depuis leurs études au Danemark, Virginie a accompagné les premières années de sa carrière de photojournaliste, l’une en Égypte et à Gaza, l’autre au Soudan du sud et en Centrafrique.

Nous avons donc voulu les entendre nous parler de Camille, de l’évolution de leur métier alors que les reporters et photographes de guerre font face à un danger inédit, et de leurs rapports avec les victimes des conflits qu’ils couvrent, sur le terrain puis une fois rentrés chez eux.

Entretien croisé.

 

Laurent et Virginie, vous avez travaillé dans de nombreux pays. Qu’est-ce qui varie le plus dans votre manière de faire votre métier entre la Centrafrique, le Rwanda et l’Ukraine pour toi Laurent, et entre l’Égypte, Gaza et l’Ukraine pour toi Virginie ?

Laurent Larcher : Chaque cas est profondément singulier. Je me sens profondément lié avec le Rwanda et la Centrafrique, et avec bien d’autres pays mais je dois dire qu’en Ukraine j’ai ressenti un effet de proximité immédiate. Ce sont des paysages, des visages que je décode tout de suite. J’avais ressenti la même chose en ex-Yougoslavie en 1995, c’est un effet miroir et familier immédiat.

L’autre différence, c’est qu’en Ukraine, nous avons affaire à une guerre de puissance contre puissance, d’un État contre un autre. Et je n’ai pas croisé de Russes. Je n’ai pas vu le regard des soldats et des civils du camp d’en face. En Centrafrique, nous étions au milieu des deux camps, parfois avec les uns, parfois avec les autres. Au Rwanda quand tu croises un homme de 45 ou 50 ans aujourd’hui, alors tu sais qu’il était en âge de tuer en 1994 ou d’être un rescapé du génocide des Tutsi. Tu peux croiser dans la rue des gens qui ont tué 2000, parfois 3000 personnes. On est dans un va-et-vient entre la victime et le bourreau. En Ukraine, on n’est que du côté de ceux qui sont attaqués.

Virginie Nguyen Hoang : Entre l’Ukraine et l’Égypte, c’était évidemment totalement différent, parce qu’en Égypte ce n’était pas la guerre. C’était tendu, il y avait des manifestations et des affrontements entre la police et les manifestants, mais ce n’était pas une guerre comme en Ukraine. Mais je rejoins Laurent : le rapport aux gens est différent, parce que les cultures et les traditions sont différentes. Je travaille sur des sujets au long cours, or tu ne t’introduis pas dans une famille égyptienne comme tu t’introduis dans une famille ukrainienne.

Maintenant, comparons deux pays en guerre, à savoir la Syrie et l’Ukraine. Ce qui change beaucoup, c’est l’arsenal utilisé. Je n’avais jamais vu un tel arsenal que ce qui est utilisé en Ukraine. Dès 2022, il y avait tout : bombes, tanks, canons, tranchées, et maintenant la guerre technologique avec les drones. En Syrie, on avait peur des MIG, les chasseurs russes, et des snipers. Quand on pense à ça maintenant, ça nous fait presque rire car ce n’était rien comparé à ce à quoi on est confrontés maintenant en Ukraine.

LL : Toutes les guerres sont effrayantes, mais en Ukraine tu ne te sens en sécurité dans aucun lieu. Cette guerre a, par certains côtés,  des similitudes avec la Première Guerre mondiale : la guerre de position, la tranchée et toutes problématiques qui lui sont liées comme la terre, la boue, l’enfouissement, le danger pour la rejoindre, pour la quitter, et le feu de l’artillerie. À cette époque-là, les obus pouvaient tomber sur les poilus mais ils ne les cherchaient pas dans la tranchée.  Là, les drones voient tout, te cherchent partout, s’infiltrent partout et te tuent ou te font tuer par l’artillerie.

 

Dans cette nouvelle forme de guerre, en 2026, est-ce que l’on peut protéger les reporters et les photojournalistes sur le terrain ?

VNH : Non. Mais il faut s’équiper, connaître le terrain, savoir quand on entend un drone qu’il faut descendre de voiture et partir chacun dans une direction différente, se cacher sous un arbre, etc. Il n’y a pas de protection efficace, si ce n’est de savoir comment réagir.

LL : La grammaire de la guerre t’apprend à avoir, en principe, les bons réflexes, mais encore faut-il les avoir dans l’action. Et ce qui est singulier en Ukraine, c’est que, visiblement, les Russes tuent de sang-froid les journalistes. Ce ne sont pas des accidents ou des bavures. On sait que nous sommes visés pour des raisons stratégiques : pour éviter que l’on vienne et que l’on raconte comment cela se passe sur la ligne de front et à l’arrière, pour les civils. Nous sommes des témoins gênants de la réalité de la guerre qu’ils font et qu’ils imposent aux Ukrainiens. Nous tuer, c’est éliminer ce témoin gênant qui contrarie leur propagande et qui documente leurs crimes. Nous tuer, c’est aussi dire que les Ukrainiens ne sont pas capables de nous protéger et c’est espérer dissuader nos rédactions de continuer à nous envoyer.  Dans les autres conflits, bien entendu les journalistes peuvent aussi être visés de sang-froid mais le plus souvent, ils tombent, non parce que c’est recherché, mais parce que c’est la guerre.  

 

VNH : À Gaza aussi, les journalistes sont visés. Il y a d’ailleurs un débat actuellement autour de la question suivante : doit-on oui ou non mettre le scratch PRESS sur nos gilets ? C’est plus safe de ne pas le mettre, mais s’il se passe quelque chose et qu’on ne l’a pas mis, l’assurance ne joue pas. Mais on ne va pas risquer notre vie uniquement pour des questions d’assurance. Un certain nombre de régulations doivent changer pour s’adapter à ces nouvelles guerres.

LL : Même les soldats, qui sont les professionnels de la guerre, sont vulnérables. Il faut savoir qu’il y a cette part de risque de toute façon. Alors la question c’est : quels sont les risques ? Et puis, est-ce que l’on y va ? Comment on y va ? Avec qui ? Jusqu’où ? Quand je travaille avec des fixeurs, avec des photographes, j’embarque un homme ou une femme dans l’histoire. Et donc je me sens aussi responsable d’eux. En Ukraine, j’ai travaillé avec Virginie, comme avec Camille en Centrafrique, et j’avais cette responsabilité. Une fois que cela est dit, si on ne va pas en première ligne, il y a toutefois un problème. Si un journal couvre un conflit, il faut être sérieux et y aller. Mais moi je suis rédacteur, je n’ai donc pas besoin d’être tout le temps en première ligne pour ramener des images. Je vais raconter ce qui se passe, c’est tout de même un peu plus confortable.

VNH : On ne raconte pas la guerre si on ne va pas là où ça se passe. Mais aujourd’hui, et encore plus depuis la mort d’Antoni Lallican (un photojournaliste français tué par une frappe de drone russe près de Kramatorsk en octobre 2025, ndlr), les rédactions freinent. Moi j’adore mon statut de freelance parce que, quand j’ai envie d’aller dans un endroit, j’y vais. Mais pas sans réfléchir, bien évidemment.

LL : Les journaux sérieux sont, en général, sur la réserve et ne nous poussent pas à aller trop loin. Mais nous leur demandons de nous faire confiance. C’est à nous de voir jusqu’où on est capables d’aller. Pour les freelances, c’est différent. La pression économique est telle ! Et les photographes sont en compétition. Il n’y a pas beaucoup de place pour les photos dans les journaux, ce qui les pousse à aller de plus en plus loin.

 

Diriez-vous qu’en travaillant à deux, quand vous êtes sur le terrain, vous veillez l’un sur l’autre ? Laurent tu parlais de responsabilité tout à l’heure.

VNH : Oui, et c’est normal que l’on veille l’un sur l’autre. Il faut faire attention à l’autre quand on part en binôme. Et c’est pour cela qu’on suit des formations premiers secours en zone de guerre. Pour se sauver soi, mais aussi et surtout pour sauver les personnes qui nous accompagnent.

LL : Oui, évidemment. Je me sens responsable, et encore plus depuis la mort de Camille. Quand je travaille avec des photographes plus jeunes que moi, je respecte leur indépendance, leur autonomie, leur prise de risques mais je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter pour eux, pour elles. Je suis père de trois filles, ça laisse nécessairement des traces en moi. Les photographes avec qui je pars ne sont pas fragiles, mais nous sommes en situation de vulnérabilité. Il y a quelques semaines en Ukraine, Camille me dit… pardon Virginie me dit qu’elle va prendre des photos, alors que l’on était dans un village complètement miné. (Laurent se tourne vers Virginie). Je ne t’ai évidemment pas dit de ne pas y aller, mais j’étais inquiet. En Centrafrique, avec Camille, on a assisté à une scène de lynchage. Elle n’avait pas pris son gilet pare-balles. Quand on est sortis de la voiture, j’ai mis mon gilet et Camille m’a dit : « ah, tu mets ton gilet ? ». Je lui ai répondu : « Oui, et mets le tien ». Attention, Camille n’était pas du tout un petit oiseau sur une branche, mais je regrette de ne pas lui avoir dit assez souvent que nous étions aussi vulnérables, qu’un rien peut tuer. Donc pour répondre à la question de départ : le souci de l’autre, oui. Plus jamais je ne veux revivre ce que j’ai vécu en 2014. Plus jamais.

 

Laurent, comment qualifierais-tu le travail de Camille ? C’était quoi, sa patte, son regard ?

LL : Chez Camille, il y avait un élan, une énergie extrêmement positive. Camille faisait partie de ces photographes qui aiment les gens. Ceux pour qui la photographie est évidemment un métier, mais avant tout un lien, une relation. Elle était de ces photographes que je qualifierais d’humanistes : proches, très proches, un peu comme Virginie d’ailleurs. Il n’y a pas beaucoup de photographes qui vont dans certaines zones avec des petits cadeaux. En Ukraine, Virginie a fait livrer des chocolats de Bruxelles à une famille qu’elle a rencontrée dans une zone de m…, avec un drone ! Camille était comme ça aussi : être avec, vivre quelque chose qui relève de l’amitié, de l’affection, de la rencontre. De la belle rencontre. Camille était une belle personne.

 

Pour toi Virginie, Camille était une consœur, mais aussi une amie. Quel est ton regard sur son travail, et sur son contact aux gens qui était, si j’en crois ce que dit Laurent, assez similaire au tien.

VNH : Ce qu’a expliqué Laurent se voit dans les photos de Camille. On voit dans ses photos qu’elle est proche des gens. Et tu ne peux pas être proche comme cela, avec ton appareil photo, si tu n’as pas noué une relation ou, en tout cas, si tu ne t’intéresses pas à eux et à ce qu’ils vivent. Cela se voit dans les regards qu’elle réussit à capter dans ses photos. Camille était au début de sa carrière, et je me suis toujours dit qu’elle allait avoir tous les Prix possibles grâce à son travail. Je ne voyais pas les choses autrement. Entre le Sud Soudan, l’Égypte et la Centrafrique, elle s’est améliorée de façon fulgurante. Elle avait d’ailleurs de plus en plus de commandes et de publications.

 

Quand on a cet humanisme chevillé au corps comme l’avait Camille, comme vous deux, comment fait-on pour maintenir la distance nécessaire ? Pour laisser le sujet être simplement un sujet et non un être humain dans le besoin ?

LL : En journalisme, il ne faut être ni trop loin, ni trop près, et c’est vachement difficile. C’est peut-être encore plus compliqué en photo. Une photo de presse doit informer et toucher. Quand on est journaliste ou photographe de cette famille humaniste dont on fait partie, on est très rarement à la bonne distance, même avec l’expérience. Mais peut-être qu’au fond, c’est ce que l’on doit aux gens.

VNH : Parfois, je n’ai pas vraiment de distance avec les gens que je rencontre, d’ailleurs certains font partie de ma vie maintenant (rires). Si je peux aider quelqu’un, même un tout petit peu, ce n’est pas possible de ne pas le faire. À Gaza, la mère d’une famille que je suivais depuis deux ans, qui avait perdu quatre de ses enfants dont deux petits garçons que je connaissais bien, m’avait demandé de l’aider pour pouvoir prendre soin de son dernier enfant encore en vie. Comment est-ce que j’aurais pu mettre de la distance là-dedans ? J’ai organisé une cagnotte et vendu des tirages pour pouvoir lui envoyer de l’argent, et je l’ai fait en tant que personne, pas en tant que journaliste. J’ai aussi fait d’autres choses pour lesquelles j’ai été critiquée mais je m’en fous. Je fais ce que je veux en tant que personne, et cela n’interfère pas dans mes reportages. Mais on ne peut pas toujours répondre aux appels à l’aide non plus.

LL : Il faut toujours se dire : « Je ne suis pas humanitaire, je ne suis pas militaire, je suis un envoyé spécial. Mon boulot est de raconter, pas de changer le monde ». Notre métier, c’est de dire aux gens d’ici ce qui se passe là-bas, et dire aux gens de là-bas que ce qui leur arrive, ça intéresse les gens ici. En espérant que cette rencontre provoque un choc, une lumière, qui fera évoluer la situation.

VNH : Je suis d’accord. Il faut se convaincre que le travail que l’on fait en tant que journaliste aura un impact. C’est comme cela qu’on arrive à mettre de la distance. C’est toi Laurent qui m’as dit un jour : « Le plus important, c’est de dire aux gens que l’on rencontre qu’on ne les oublie pas ». Et ce que l’on rapportera en France ou en Belgique pourra peut-être changer quelque chose.

 

Laurent, les situations dont tu témoignes en tant que grand reporter doivent imprimer dans ta mémoire des images très fortes, parfois très violentes et qui, j’imagine, restent gravées pendant longtemps. Je pense notamment à la scène de lynchage en Centrafrique dont tu parles dans ton livre. Camile était à tes côtés ce jour-là et elle a illustré ton récit par ses propres images, comme Virginie l’a fait sur d’autres reportages. Ces images sont probablement différentes de celles que toi, tu as en tête. Comment vous accordez-vous sur les photos que vous allez publier afin que le regard de chacun soit respecté ?

LL : C’est étrange parce que je n’ai pas vu le travail photo de Camille sur ce lynchage. Je l’avais évoqué dans un article mais La Croix n’avait pas publié de photo. Cette scène, on n’en a pas discuté avec Camille. Le soir, on en a parlé avec les autres journalistes, mais Camille n’a rien dit. Il m’a semblé qu’elle nous écoutait en parler et qu’elle prenait des notes. Cette scène de lynchage, je ne vois pas comment on pourrait la regarder différemment de ce qu’elle est. En revanche, on peut vivre des situations différemment. Avec Virginie, en Ukraine, j’ai l’impression que l’on a regardé et ressenti les choses de la même manière. On a vu les mêmes choses. On était raccord, on avait les mêmes résonances. Et je pense d’ailleurs que l’on n’aurait pas supporté de vivre les choses de manière très différente l’un de l’autre. Au-delà de nos différences, il faut des points d’accord, qui sont essentiels pour bâtir une relation de confiance. J’ai confiance en Virginie, en son regard.  

 

Une dernière question, celle du retour chez soi après un reportage : comment cela se passe ? Et quand on a vécu des événements aussi forts ensemble sur le terrain, est-ce que l’on se revoit après ?

VNH : Ça dépend avec qui on bosse. Avec Laurent, on est tout de suite restés en contact parce qu’un lien s’était créé. Mais c’est vraiment du cas par cas.

LL : On est plongés dans des situations extraordinaires donc on est un peu nu, quand même. Et on voit l’autre nu. Et ça, ça rapproche ou ça éloigne. En tout cas, cela crée des liens profonds. C’est un métier où l’on est très seul. On ressent tous un déséquilibre entre là-bas et ici. On n’est plus jamais ici, en fait. Moi, je ne suis pas complètement là-bas, mais parfois j’ai l’impression d’être plus chez moi dans ces zones-là qu’ici. À un moment donné de ma carrière, j’ai ressenti une forme d’écœurement et j’ai arrêté de tourner pendant quatre ans. Puis j’ai recommencé avec un sujet sur les Chrétiens d’Irak, cinq ans après la chute de Saddam Hussein. Ils étaient persécutés par Al-Qaïda tout comme les Azéris dont je découvrais le sort. Cela faisait quatre ans que je n’étais pas parti en zone de guerre,  et près de Mossoul ou à Kirkouk assiégé, je me suis tout de suite senti chez moi. Et ça, c’est un problème. Je vis dans un village paisible près de Fontainebleau, en lisière de la forêt. Un lieu où il n’y a pas de tragique (même le grand incendie de ce mois de juillet a été très vite circonscrit) et j’ai besoin de ce lieu pour me ressourcer, me reposer. Mais je ne pourrais pas y rester trop longtemps. Je me pose souvent la question suivante : comment peut-on être vraiment heureux ici, alors qu’il y a tant de gens malheureux ? Tu vois, la guerre, notamment en Ukraine, c’est l’innocence sacrifiée des millions de fois. Comment peux-tu être heureux quand tu sais que cela continue ? Moi, je n’ai pas trouvé la solution.

VNH : Pour rebondir sur ce que dit Laurent : moi la seule chose que j’attends, c’est que Gaza puisse s’ouvrir aux journalistes étrangers. Et pour répondre à ta question, non ce n’est pas simple de revenir en Belgique. Je suis toujours tiraillée : évidemment, j’ai envie de revoir ma famille, mes amis, mais je n’ai pas envie de quitter l’Ukraine. En Syrie, j’avais fait l’énorme erreur de quitter Alep pour rentrer la veille de Noël. À Alep, les gens manquaient de tout, et moi je suis partie pour retrouver ma famille en Belgique pour Noël. C’était horrible, plus jamais ça. Il y avait un tel décalage. J’étais en colère de voir les gens célébrer, alors que les gens continuent leur vie et c’est normal.

LL : Cette colère, on la ressent brutalement. Elle ne me quitte pas, et parfois ça peut me retrancher du groupe. Alors quand on rencontre un ou une photographe qui partage cela, on le sent quasi immédiatement. Il y a une forme de reconnaissance. Cela signifie qu’on n’est pas seul. Ou en tout cas, qu’on est moins seul.